Cheval de guerre de Steven Spielberg
Etats-Unis – Inde – 2011 - 2h26 – Couleurs – Vf et Vostf.
Dès 11 ans
Avec ce film Steven Spielberg livre un film d’aventures classique à grand spectacle et rempli de bons sentiments qui semble vouloir trouver le juste équilibre entre l’optimisme de la première partie de sa carrière et le sentiment de perte et la peur de la disparition apparus à partir de La Liste de Schindler.
La première partie du film d’environ 40mn travaille à la création du lien indéfectible entre l’adolescent et le cheval. Un paysan bravache du Devon s’endette en achetant une monture d’attrait au lieu d’un cheval de trait comme nécessaire afin de moucher métaphoriquement son propriétaire terrien qui voulait en faire l’acquisition. La question étant, ce fier étalon acceptera t’il de devenir un digne prolétaire agraire afin de transformer une terre aride et caillouteuse en champ évitant ainsi la ruine et la perte de leur maison à la famille dudit paysan? C’est le jeune fils qui s’attelle à la tache et qui réussit la gageure, évitant à sa famille de se retrouver à la rue. Mais le sort s’acharnant sur eux par l’entremise d’un orage détruisant la récolte, le père verse tribut à l’orage encore plus violent de la guerre qui s’annonce en vendant le cheval à l’armée pour payer ses dettes.
Le cheval Joey vendu à un jeune capitaine arrive sur le théâtre des opérations et va passer de mains en mains au gré des aléas des combats.
Spielberg réussit dans sa première scène de bataille à incarner la boucherie tout en étant suffisamment elliptique afin de ne pas être trop choquant.
Une charge de cavalerie anglaise est bientôt totalement éradiquée en champs-contre champs par une batterie de mitrailleuses allemande. Moyen simple mais efficace de montrer la fin d’une époque et le changement d’ère avec la mécanisation à outrance de la mort. Cette séquence connaîtra un écho vers la fin du film en confrontant le cheval à son double mécanique et remplaçant sur le champ de bataille, le char d’assaut. Le cheval se retrouve ensuite aux mains de jeunes allemands s’en servant pour essayer de fuir le front (bientôt rattrapés et exécutés au pied d’un moulin dont les pales crée un hors-champ à leur mise à mort), puis d’une jeune fille française avant de redevenir animal de trait pour l’artillerie allemande, de s’enfuir à travers le no man’s land boueux du champ de bataille et de s’y trouvé enserré dans une gangue de fils barbelés.
Son jeune propriétaire, nouvellement arrivé sur le front sera l’occasion pour Spielberg de nous livrer sa grande scène de bataille. Il finira par retrouver après de multiples rebondissements son compagnon et de rentrer à la maison dans une scène digne d’une fin de western Fordien où le fils aura recrée un lien avec son père permettant la réunification de la famille, sous un soleil mordoré trop marqué faisant trop virer cette fin vers la carte postale.
Le film s’appuie dans sa première partie sur un casting anglo-saxon de haute volée. Peter Mullan joue le père, Emily Watson la mère et David Twelis le propriétaire terrien. Les personnages incarnent des stéréotypes classiques de ce genre de film. Père, alcoolique depuis son retour de la guerre des Boers qui l’a laissé infirme et porteur d’un dégoût de ce qu’il a du commettre au nom de son pays, mère courage, propriétaire terrien hautain et malfaisant, jeune adolescent au cœur pur. L’interprétation tiens la route malgré une tendance à la théâtralité et un jeune héros un peu trop transparent. Il est dommage que dans le reste du film, les différentes langues ne soient pas représentées. Tout le monde parlant anglais, allemands et paysan français incarné par Niels Arestup avec sa petite fille compris.
Je trouve que le rythme prend de l’ampleur au fur à mesure du déploiement du film avec des saillies épiques, batailles, fuite finale du cheval à travers le champ de bataille. Cet équilibre que j’évoquais avec certainement le désir de faire un film qui soit accessible à des enfants de 9-10 ans se rompt dans le même temps. Si les deux premières séquences violentes, la charge de la cavalerie et l’exécution de deux jeunes soldats allemands ayants fuis le champ de bataille réussissent à être saisissante dans leur horreur tous en restant largement hors champs, la seconde partie du film, de l’utilisation jusqu’à l’épuisement et la mort des chevaux ainsi que la seconde bataille sont largement plus éprouvante visuellement et émotionnellement impliquant de ne pas proposer le film à des élémentaires.
Malgré ses scories liées à un désir de film grand public et son déroulement sans surprises particulières hormis la disparition de nombreux personnages de manières violentes, qui n’en font pas l’un des grands films de Spielberg; je trouve qu’il réussit son pari de nous tenir en haleine sur sa durée et nous offre quelques belles scènes telle la traversée du champ de bataille.














































